Le peuple haïtien ne peut continuer à vivre dans l’incertitude institutionnelle, sans dirigeants élus et sans institutions pleinement légitimes. Toutefois, l’urgence des élections ne doit pas servir de prétexte pour imposer un processus qui manque de crédibilité dès son point de départ.
La crise actuelle exige du courage politique et de la lucidité. Il est indispensable de repenser le Conseil Électoral Provisoire à travers un véritable dialogue national impliquant les secteurs concernés.
Un CEP contesté, dont la composition suscite des interrogations légitimes au sein de la population, ne peut espérer obtenir la confiance nécessaire pour conduire le pays vers des élections apaisées et acceptées par tous.
L’enjeu n’est pas seulement d’organiser des élections, mais de garantir leur légitimité.
Lorsqu’un arbitre est contesté, c’est toute la compétition qui est remise en question. Haïti ne peut se permettre une nouvelle crise née d’élections dont les résultats seraient rejetés par une partie importante de la population.
Cette réflexion doit également ouvrir la voie à une réforme profonde de la représentation nationale. Il est inacceptable que la jeunesse, qui constitue la majorité de la population et qui paie le plus lourd tribut de la crise actuelle, demeure exclue des espaces où se prennent les décisions stratégiques pour l’avenir du pays.
Les jeunes ne doivent plus être de simples spectateurs ou des instruments de mobilisation électorale.
Ils doivent être des acteurs à part entière du processus démocratique. L’heure est venue de reconnaître officiellement la jeunesse comme un secteur à part entière de la vie nationale, avec une représentation effective au sein du CEP aux côtés des autres secteurs.
On ne peut prétendre construire l’avenir d’Haïti en excluant celles et ceux qui en sont l’avenir.Le moment est venu de bâtir un CEP plus crédible, plus inclusif, plus représentatif et plus indépendant.
Un CEP capable de rassurer la population, de garantir l’équité du processus électoral et de redonner confiance dans les institutions démocratiques.
Les élections sont nécessaires. Mais la confiance est indispensable. Sans confiance, il n’y a pas de démocratie forte. Sans inclusion, il n’y a pas de légitimité durable. Et sans la jeunesse, il n’y a pas d’avenir pour la nation.
Par John Mary Auguste
