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Quand les gens ne vous connaissent pas, ils vous jugent n’importe comment, laissant libre cours à tout ce qui leur traverse l’esprit. En Haïti, une certaine presse et une partie de l’opinion publique ont développé une fâcheuse tendance à peindre l’ensemble de la classe politique sous les traits de parvenus, de « tombés du ciel », de bons à rien ou de sots, venus uniquement pour s’enrichir au détriment de la collectivité.

On nous décrit collectivement comme des individus sans passé, sans repères et sans aucune contribution positive, comme si seule la politique nous avait façonnés.

Je ne disconviens pas de la gravité de la situation actuelle. Moi-même, j’assiste avec une profonde amertume à la dégénérescence de nos institutions et à l’effritement de notre classe politique. Mais une question fondamentale se pose : à qui la faute ? Ces hommes, ces grands décideurs qui occupent l’espace public, ne sont-ils pas, en fin de compte, l’émanation de vos propres choix ?

La vérité est difficile, mais elle doit être dite.

C’est le niveau global de notre société qui a baissé, et les dérives politiques actuelles ne sont que les conséquences directes de cette régression collective. Pour inverser cette tendance et sauver le peu qui reste de notre pays, un quadruple appel s’impose :

À mes amis et collègues politiques : Je vous demande instamment de vous faire mieux connaître. Documentez vos parcours, revendiquez vos compétences et vos accomplissements passés pour ne plus prêter le flanc à l’accusation de parvenus. Face au vide, imposez la réalité de votre histoire.

À la presse de notre pays : Il est temps d’opérer une véritable décantation. Les médias doivent assumer la responsabilité éthique de faire le tri entre ceux qui sont habilités à représenter dignement cette société, par leur rigueur et leur passé, et ceux qui ne le sont pas.

L’amalgame détruit la confiance.

Il nous fait perdre notre pouvoir de convocation à un moment où le pays a grandement besoin de l’énergie de certains de ses fils pour se relever. Vous nous honorez quand nous avons le courage de dire où nous avons péché ; mais que dites-vous quand vous reconnaissez avoir détruit quelqu’un pour un crime qu’il n’a pas commis ou à cause d’une mauvaise interprétation de sa parole ?

À la jeunesse : Cessez de faire la promotion de ceux qui nous ont avilis par leurs actes ou leur mauvais comportement. Laissez les voleurs et les corrompus répondre de leurs actes avant de les remettre sur le devant de la scène. Rappelez-vous que lorsque vous valorisez quelqu’un, vous cautionnez et signez au bas de ses réalisations et de ses actions.

À la société haïtienne tout entière : Il est urgent de croire à nouveau en l’excellence et de choisir les meilleurs d’entre nous. Vos choix électoraux, dépouillés de toute passion et guidés par le seul bon sens, constituent la seule et unique garantie pour l’avenir de notre communauté et de nos enfants. Ne nous laissons plus aveugler par les clameurs de la démagogie.

Laissons-nous guider par la raison, car elle est notre ultime boussole pour reconstruire ce pays qui nous est si cher.

Dr Evallière Beauplan,
Coord.du MOLHA

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