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Jean-Jacques Dessalines n’a pas conduit la lutte de l’indépendance pour laisser aux générations futures une nation affaiblie. Une nation divisée et dominée par l’instabilité politique. Son combat repose sur une vision claire profondément nationale et de construire un État souverain, respecté et capable de défendre les intérêts du peuple haïtien.

L’indépendance de 1804 ne représentait pas uniquement une rupture avec le système colonial, lle constituait également la naissance d’un projet politique centré sur la dignité nationale, l’autorité de l’État et l’unité du peuple.

Une nation fondée sur un projet de souveraineté

Dessalines avait compris que la survie d’Haïti dépendrait de la capacité des dirigeants à préserver l’intérêt collectif au-dessus des ambitions personnelles. La jeune République devait être gouvernée dans une logique de continuité nationale, de discipline institutionnelle et de fidélité aux principes fondateurs de la nation.

L’un des problèmes fondamentaux de la gouvernance haïtienne réside aujourd’hui dans la personnalisation excessive du pouvoir. Chaque chef d’État semble vouloir gouverner comme s’il devait devenir lui-même un nouveau fondateur de la nation. À chaque transition politique, une nouvelle vision est imposée, souvent en rupture avec celle de l’administration précédente, comme si le pays devait être reconstruit depuis le commencement.

La crise du pouvoir personnel en Haïti

Cette logique fragilise profondément l’État haïtien. Les institutions perdent leur continuité, les politiques publiques deviennent instables et les projets nationaux sont abandonnés au gré des changements de pouvoir. Au lieu de renforcer l’édifice national construit au prix du sang des héros de l’indépendance, cette pratique entretient un cycle permanent d’instabilité et d’improvisation politique.

Pourtant, Haïti possède déjà son fondateur, Jean-Jacques Dessalines. La République n’a pas besoin de nouveaux pères fondateurs, mais de dirigeants qui sont capables de poursuivre l’œuvre historique engagée en 1804.

Gouverner ne devrait pas être une quête de gloire personnelle ou de postérité politique, mais un devoir envers la nation et son histoire.

L’absence de continuité de l’État

La faiblesse de l’État haïtien est accentuée par l’absence de continuité dans les politiques publiques et dans la vision nationale depuis plusieurs décennies. Chaque administration cherche souvent à effacer les réalisations de la précédente afin d’imposer sa propre orientation politique. Cette rupture permanente empêche la construction d’institutions solides et durables.

Une nation ne peut progresser lorsqu’elle recommence constamment son processus de construction politique. Les grandes nations se développent grâce à la stabilité de leurs institutions, à la continuité de l’État et à la transmission d’une vision nationale commune. En Haïti, cette continuité a souvent été sacrifiée au profit des intérêts personnels, des rivalités politiques et des ambitions individuelles.

Le retour nécessaire à l’idéal dessalinien

Le redressement national passe inévitablement par un retour aux principes fondamentaux défendus par Jean-Jacques Dessalines. Il ne s’agit pas simplement de célébrer sa mémoire lors des commémorations officielles, mais de réintégrer sa pensée politique dans la conduite de l’État. L’idéal dessalinien a reposé sur plusieurs piliers essentiels dont la souveraineté nationale, l’autorité de l’État, l’unité du peuple, la défense du territoire et la priorité accordée à l’intérêt collectif.

Les dirigeants haïtiens doivent comprendre que leur mission historique n’est pas de refonder la nation selon leurs propres ambitions, mais de consolider l’œuvre déjà initiée par le fondateur de la République. La stabilité d’Haïti dépendra de la capacité de sa classe dirigeante à dépasser les intérêts personnels pour inscrire son action dans une continuité nationale durable.

Pour une reconstruction nationale fidèle à l’histoire

Haïti ne retrouvera le chemin de la stabilité et de la grandeur qu’en renouant avec les fondements de son projet national. La crise actuelle n’est pas uniquement politique ou économique mais, elle est également une crise de vision et de fidélité historique. Tant que les dirigeants considéreront le pouvoir comme un instrument de prestige personnel plutôt que comme un service rendu à la nation, les mêmes difficultés continueront de se reproduire.

L’avenir du pays exige une nouvelle conscience nationale fondée sur l’esprit de Dessalines. Servir Haïti, ce n’est pas chercher à devenir un nouveau fondateur, c’est défendre, préserver et prolonger l’héritage de celui qui a déjà donné à la nation sa liberté, son identité et sa souveraineté.

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