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Les applaudissements, les chants des militants et des partisans, les pancartes du numéro 91, les accolades fraternelles et une chaleur étouffante dans une ambiance conviviale en maillot mauve : hier, 19 octobre 2026, la route de Frères a soudainement changé de rythme et de décor. Son calme habituel a été momentanément troublé par un événement politique spécial. Devant les barrières du Bureau Électoral Départemental (BED Ouest I), une foule compacte s’est massée en quelques minutes. Au cœur de ce vacarme : Jocelerme Privert. L’ancien président provisoire était venu en personne déposer son dossier physique sous la bannière de sa coalition, « Ayiti Transfòme ». En accomplissant ce geste, il devient le premier candidat à la présidence à acter officiellement sa participation aux prochaines élections présidentielles en Haïti.

Ce coup d’éclat n’a rien d’un hasard. C’est un message clair et direct envoyé aux locataires actuels de la Primature. Alors que des bruits de couloir persistent sur un énième report du scrutin — théoriquement fixé au 13 décembre prochain —, Privert fait une démonstration de force. En se présentant physiquement au BED de l’Ouest pour le dépôt de ses pièces accompagné de ses supporters en liesse, il place le pouvoir de transition face à ses propres engagements.

« Nous sommes prêts, nos structures sont en place à tous les niveaux, des sections communales jusqu’au sommet de l’État », a lâché Jean David Genesté, le coordinateur national du groupement qui, lui-même, est candidat au Sénat pour le département du Sud.

Il faut dire que Privert connaît par cœur les rouages de l’État haïtien. Ancien directeur de la DGI, ancien secrétaire d’État, ancien ministre de l’Intérieur, ancien sénateur de la République, puis président de la transition entre 2016 et 2017, le natif de Petit-Trou-de-Nippes mise à fond sur sa longue expérience institutionnelle, ses compétences, sa qualification et sa popularité pour obtenir des citoyens un mandat de 5 ans.

Face à une classe politique fragmentée, médiocre, décriée par la corruption et associée aux réseaux des bandes criminelles selon les rapports récents de l’ONU, il avance confiant avec une longueur d’avance et un programme axé sur le rétablissement de la sécurité, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance, l’institutionnalisation de la démocratie, l’État de droit, l’inclusion sociale par l’éducation et le travail, ainsi que la relance économique.

Le signal est lancé. Privert montre sa force. Il se dit déjà prêt pour les élections. Il est confiant dans sa victoire pour redonner l’espoir à un peuple meurtri par l’insécurité et tenaillé par la misère. Reste à savoir si cette démonstration de force suffira à débloquer la machine électorale et à contraindre l’Exécutif à tenir le rendez-vous des urnes le plus tôt possible pour sortir le pays de l’amateurisme politique et refaire briller Haïti sur la scène régionale.


Bleck D. Desroses

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