Rentrée scolaire dans le Sud : entre promesses des autorités et inquiétudes des familles.
Après plusieurs semaines de vacances, des milliers d’élèves reprennent le chemin de l’école ce lundi 7 septembre 2026. Dans le Sud, les autorités assurent avoir pris des dispositions pour faciliter la rentrée. Mais sur le terrain, les familles restent préoccupées par la précarité économique, l’insécurité et les difficultés auxquelles elles sont confrontées au quotidien.
Fini les vacances. Une nouvelle année académique débute ce lundi 7 septembre 2026, conformément au calendrier établi par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), qui a fixé la rentrée des classes au deuxième lundi du mois de septembre.
Pour les autorités, cette rentrée doit marquer un nouveau départ. Mais pour de nombreuses familles du Sud, elle intervient dans un contexte particulièrement difficile. Entre les dépenses scolaires qui s’accumulent, la perte du pouvoir d’achat et une situation sociale préoccupante, envoyer un enfant à l’école relève parfois du véritable parcours du combattant.
Les familles sont économiquement fragilisées. Beaucoup sont décapitalisées et peinent à répondre aux besoins les plus élémentaires. À cette situation s’ajoutent l’insécurité sociale et politique, le manque d’opportunités économiques et une pauvreté qui gagne du terrain.
Des autorités mobilisées.
À quelques jours de la rentrée, les autorités départementales du Sud avaient annoncé plusieurs dispositions destinées à faciliter le déroulement de l’année scolaire.
La Délégation départementale du Sud, la mairie des Cayes, la Protection civile, la Police nationale d’Haïti (PNH) et la direction départementale du MENFP avaient assuré être mobilisées pour accompagner cette rentrée.
La circulation figurait parmi les principales préoccupations. Les autorités policières avaient annoncé des mesures visant à fluidifier le trafic et à renforcer la sécurité aux abords des établissements scolaires.
« Toutes les ressources sont mobilisées afin de rendre fluide la circulation et de sécuriser tout le monde », avait déclaré le commandant Pierre Louis Jean Baptiste.
Il avait également annoncé l’interdiction faite aux camions de circuler sur la voie publique aux heures d’entrée et de sortie des classes, afin de limiter les risques de congestion et d’accidents.
De son côté, la mairie des Cayes avait annoncé la poursuite des opérations de nettoyage et de déblayage de certaines voies publiques.
Le président de la commission, Jean Jonel Banatte, avait notamment averti les commerçants et marchands qui occupent certaines rues qu’ils devaient libérer la chaussée.
« La rue Cartajena, rue lekòl la. Les marchands ont jusqu’à samedi matin pour libérer le passage. Sinon, on agira », avait-il déclaré.
Les parents font avec les moyens du bord.
Pendant que les autorités annoncent leurs dispositions, les parents, eux, tentent de faire face à leurs obligations. Malgré les difficultés économiques, des milliers d’entre eux se démènent pour réunir les moyens nécessaires afin d’envoyer leurs enfants à l’école.
Mais entre les frais de scolarité, les fournitures, les uniformes et les autres dépenses liées à la rentrée, la tâche demeure lourde pour de nombreuses familles. Le soutien annoncé par les autorités tarde également à se concrétiser pleinement, alors que les besoins restent importants.
Ducis donne le coup d’envoi.
C’est à Ducis que les autorités départementales ont officiellement lancé l’année scolaire 2026-2027. La cérémonie s’est déroulée au lycée national, situé dans le même espace que l’école nationale de la nouvelle commune.
Une messe solennelle a été célébrée à cette occasion à la paroisse Saint-Pie-X de Ducis. Les autorités concernées ont ensuite donné le coup d’envoi officiel de l’année scolaire devant des centaines d’élèves venus de différents établissements de la commune.
Le délégué départemental du Sud, Joseph Raymond Clergé, a réitéré la volonté du gouvernement de faire de l’éducation une priorité. Il a également appelé les élèves et l’ensemble de la communauté à s’investir davantage dans l’éducation.
« La construction de la commune passe par ses filles et ses fils. Vous, les élèves, votre avenir doit commencer dès ce lundi. Vous devez étudier, travailler avec discipline et surtout ne cessez pas de rêver », a déclaré Joseph Raymond Clergé.
Plus de 130 nominations et 60 000 livres annoncés
Prenant la parole lors de la cérémonie, le directeur départemental du MENFP, Jean Sylvain Désir, a présenté plusieurs mesures prises en faveur des élèves et des enseignants.
Il a notamment annoncé le renforcement du personnel éducatif ainsi que la distribution de dizaines de milliers de livres.
« Plus de cent trente (130) nominations, en attendant d’autres, sont effectuées et plus de soixante mille (60 000) livres uniques [Liv Inik] sont distribués à toutes les écoles », a déclaré M. Désir.
Le responsable a également annoncé la distribution prochaine de six mille kits scolaires destinés aux élèves du premier et du deuxième cycle, ainsi que des uniformes.
« L’éducation de nos enfants est une responsabilité partagée », a soutenu Jean Sylvain Désir, appelant chaque acteur à contribuer à la réussite de cette nouvelle année scolaire.
L’éducation face aux défis du quotidien.
Reste maintenant à voir si les mesures annoncées se traduiront effectivement sur le terrain.
Car dans le Sud, les difficultés dépassent largement le cadre scolaire. Chaque jour, les familles doivent composer avec une réalité sociale et économique de plus en plus difficile.
L’insécurité sociale, l’insécurité routière, les inégalités, l’injustice, la pauvreté et même la sécheresse viennent compliquer davantage le quotidien de la population.
La rentrée scolaire 2026-2027 s’ouvre ainsi entre espoir et inquiétude. Espoir que l’école puisse continuer à offrir aux enfants une perspective d’avenir ; inquiétude face à une réalité qui fragilise les familles et menace de compromettre leur capacité à maintenir leurs enfants sur les bancs de l’école.
Car derrière chaque uniforme, chaque sac à dos et chaque salle de classe se trouve une famille qui, malgré tout, continue de croire que l’éducation demeure l’une des rares portes encore ouvertes vers un avenir meilleur.
